René Descartes (1596-1650) est le premier des philosophes chrétiens tentant une explication à ce phénomène. Il reprend les propos de Sénèque (philosophe de l’Antiquité) pour sa théorie. «  Le tonnerre se manifeste, quand les nuages plus lourds et plus élevés tombent sur d’autres placés plus bas. L’air contenu entre deux nuages, comprimé par cette chute soudaine, produit un grand dégagement de chaleur, d’où résultent la lumière de l’éclair et le bruit du tonnerre. »

Mais il fut incapable d’expliquer pourquoi les nuages s’entassent les uns au-dessus des autres.


Un physicien hollandais Hermann Boerhaave (1668-1738) émit lui aussi une théorie où il prouve que les particules d’eau que le soleil a élevées en l’air, forment des nuées et composent des masses de glace. Celles-ci fondent sous l’effet du soleil en quelques secondes, et ce frottement violent des particules entre elles, entraîne un bruit éclatant (tonnerre) et des éclairs (inflammation des composants de l’air).


Ces théories furent longuement discutées par les savants de l’époque, Elles marquent le début des expériences du siècle suivant.

En effet, le XVIIIème siècle marque le début de la science moderne, accompagné d’une série de découvertes aussi fulgurantes qu’essentielles. La découverte de l’électricité pose de nouvelles questions et permet de donner de nouvelles explications à certains phénomènes.



Plusieurs expériences ont permis à cette époque de montrer la nature électrique de l’orage et le la foudre. Les plus grandes avancées furent l’œuvre de Benjamin Franklin (1706-1790), notamment grâce à la fameuse expérience du cerf-volant.

L’HOMME ET LA FOUDRE A TRAVERS LE TEMPS

Aujourd’hui, on peut expliquer scientifiquement ce qui se passe lors d’un orage. Pour autant, la foudre n’est pas banalisée et les enfants continuent de se presser à la fenêtre quand il y a un orage. La foudre fascine toujours autant et les avancées scientifiques et techniques permettent de nouvelles expériences, d’autant que certains aspects de fa foudre sont toujours inexpliqués (la foudre en boule, par exemple, qui a inspiré Hergé pour Tintin.).

Durant l’Antiquité, la foudre faisait l’objet de nombreuses superstitions du fait de l’ignorance des hommes à cette époque. Ne sachant comment interpréter rationnellement  ce phénomène, les populations l’associaient généralement à une divinité. On trouve de nombreux exemples de ces croyances sur chaque continent.

Les Romains et les Grecs, par exemple, pratiquaient le culte de Jupiter ou encore Zeus, dieu régnant sur le ciel et maître du tonnerre. L’apparition d’éclairs dans le ciel était donc généralement, pour ces peuples, un signe de la colère du dieu. Ceci étant, ces croyances n’empêchaient pas certains philosophes et physiciens romains et grecs de s’intéresser à la question d’une manière scientifique, posant ainsi les fondements de la science moderne.


Quant aux Gaulois, ils croyaient en Taranis, maître des cieux et de la foudre généralement représenté avec les Esses, comme Jupiter (les Esses sont une poignée d’éclairs). Taranis signifie « le tonnant » en celtique, et tonnerre se dit « taran » en breton et en gallois.


Les peuples scandinaves vénéraient Thor, dieu du tonnerre. Thor est un guerrier colossal armé d’un marteau qui rappelle l’orage par sa puissance et son bruit.

Ce type de croyance se retrouve en Amérique du Sud, avec Tlaloc, dieu de l’eau et donc de la pluie, de l’orage et de l’agriculture. Il était considéré comme responsable des morts par noyade et par la foudre, et même plus généralement les décès survenus lors d’un orage. C’était une manière pour ce peuple d’expliquer des décès qu’ils ne comprenaient pas.

Les attributs des dieux étaient comme on le voit très importants : c’était une manière de faire le lien entre les phénomènes observés et la religion. Ainsi Indra, le dieu principal de l’hindouisme, est souvent représenté avec des éclairs ou un arc-en-ciel. Il anéantit ses ennemis grâce à son arme : l’éclair « vajra ». On trouve beaucoup d’autres exemples et équivalents de divinités liées à la foudre dans les civilisations antiques, comme Rê en Egypte, Mamaragan, le dieu de la foudre en lequel croyaient les aborigènes d’Australie centrale ou encore Viracocha, dieu principal des Incas, roi de la foudre et des tempêtes. Il est intéressant de remarquer que ces croyances se retrouvent sur tous les continents, pourtant non reliés à l’époque. Cela montre que spontanément, l’homme a tenté d’expliquer le phénomène spectaculaire qu’est la foudre en faisant appel au surnaturel et à la religion.

Au Moyen-âge, en Europe où le christianisme domine, les éclairs observables lors d’un orage sont considérés comme l’expression de la colère divine en réponse aux péchés commis par les fidèles. Plusieurs coutumes existent pour s’en protéger : l’une, pratiquée par les paysans consistait à introduire, par temps orageux, une fulgurite dans sa poche en disant : « Pierre, pierre, garde-moi du tonnerre ». Une fulgurite est un verre formé lors de l’impact de la foudre sur du sable. Ce verre, étant très impur, n’est pas transparent.


Une fulgurite.

Cependant, pour l’Eglise qui à cette époque exerçait une influence énorme sur la vie des paysans, il n’y avait pas de catastrophes naturelles. Ainsi, selon les prêtres, le seul moyen de se protéger de la foudre était de se repentir de ses fautes et de prier les saints, ce que ne manquait pas  de faire le peuple. Parmi les saints les plus invoqués figuraient Saint Jean-Baptiste, Saint Théodore, et surtout Sainte Barbe associée au bruit et au feu, aujourd’hui patronne des pompiers, des artilleurs et des mineurs. En voici un exemple.


Prière à Sainte-Barbe :

« Sainte-Barbe, Sainte Fleur,

Vive la croix de mon Sauveur.

Tant que le monde te priera,

Du tonnerre tu le garderas.

Sainte Barbe, Sainte Claire,

Arrêtez grêle et tonnerre. »

Au Moyen-âge, la foudre fait donc l’objet de nombreuses craintes et superstitions, et les populations ne voient d’autre moyen pour s’en protéger que la prière.

 

                Zeus

 

                        Thor

 

                              Tlaloc

 

Viracocha, dieu des Incas

 

Le protocole, d’abord une plaisanterie à l’égard de ses détracteurs, fut par la suite envisagée avec plus de sérieux. Franklin réalisa finalement l’expérience le 15 juin 1752. Il fit voler un cerf-volant par temps d’orage. Le chanvre du fil était légèrement humide, ce qui le rendit assez conducteur pour charger une clef attachée au fil à sa base. En approchant le doigt de la clef, Franklin réussit à produire un arc électrique entre son doigt et la clef, prouvant ainsi la nature électrique de la foudre. On comprend aujourd'hui l'inconscience de Franklin qui, par bonheur pour lui, n'eut pas l'idée d'utiliser un fil conducteur ! On affirma d’ailleurs que l’expérience avait été légèrement romancée…

Quoi qu’il en soit, elle constitua un tournant majeur dans le rapport de l’homme à la foudre. Fort de ces nouvelles informations, Benjamin Franklin imagina le premier paratonnerre. Il remarqua que des conducteurs ayant un bout pointu plutôt que rond étaient capable de décharger silencieusement, et à une plus grande distance. Il supposa que ces connaissances pourraient se révéler utiles dans la protection des bâtiments contre la foudre, en attachant sur les toits « debout des barres de fer, pointues comme des aiguilles et dorées pour prévenir la rouille, et du pied de ces barres [part] un fil vers l'extérieur du bâtiment jusqu'à la terre ... ces barres pointues n'attireraient-elles pas silencieusement le feu électrique depuis un nuage avant qu'il soit à un niveau suffisamment élevé pour frapper, et ce faisant nous protéger ainsi de ce brusque et terrible méfait!  »

On inventa même des « parapluies paratonnerres » et des « chapeaux paratonnerres » pour les gens aisés.


    Ces nouvelles avancées contribuèrent donc à rationaliser la foudre. Cependant, certaines croyances persistèrent, en particulier la légende des feux de Saint-Elme chez lez marins. Ce nom vient d’une croyance parmi les marins qui voyaient dans leur apparition un signe de la protection de Saint-Elme. Ces feux, de simples phénomènes électriques, étaient en effet annonciateurs d’orages. Ils le saluaient par des actions de grâce et des cris d’allégresse. Les points d’impact de ces feux sont les pointes conductrices, par exemple d’objets métalliques.

Chapeau paratonnerre


       Parapluie paratonnerre

 

  Raspar Capac dans Tintin et les sept boules de cristal